Pourquoi certains souvenirs anodins ont-ils sur nous un pouvoir hypnotique ? C’est pour répondre à cette question – et pour percer à jour la signification d’un souvenir de la petite enfance – que ce texte entreprend un voyage circulaire : voyage au long des murs – murs de Clermont-Ferrand, mur de l’asile des fous, mur de la cour de l’école communale, mur de la Bibliothèque nationale, mur du tombeau de Virgile — qui se transforme en parcours sinueux dans les livres et dans l’écriture.
Anecdotes à l’appui, le lecteur assiste à des métamorphoses ; certains livres se transforment en hommes, et certains hommes en livres ; le sang d’Apollinaire imprègne un vieux numéro du Mercure de France ; les cendres de Dante sont retrouvées dans une enveloppe, sur une étagère d’une bibliothèque de Florence ; la poésie pure gît dans quelques vers de l’Arioste, comme une veine d’or dans la roche ; un petit Baudelaire de cuir rouge permet de départager la folie de l’amour…
Ce texte (qui ne se range dans aucune catégorie définie, passant du récit à la critique, de la poésie à la chronique) est une démonstration, qui entend prouver que la littérature est plus vraie que la réalité, qu’elle peut avoir, au sens propre, la consistance et la dureté de la pierre. C’est un roman de formation où l’on découvre que les mots sont ce qui reste au cœur des choses quand le temps les a dépouillées. C’est, aussi et surtout, une méditation sur l’aventure qu’il nous est donné de vivre au milieu des livres et de ces dieux inconnus à qui ils sont secrètement dédiés.

"J’écris pour comprendre comment la réalité se forma d’abord en moi, comment elle y prit consistance, comment elle me forma. J’écris pour que mon regard d’alors me rejoigne ici. De tous ces murs de Clermont, pas un ne m’éblouit comme ce pauvre mur décrépi, bruni, tanné, confit par les neiges, les soleils, les fumées, que je dessine en ma mémoire, au millimètre près, mais que je n’ai jamais pu retrouver sur place. L’image est à la fois négligeable et parfaite : elle doit avoir un sens. Je le cherche."

Thierry Laget, À des dieux inconnus, Gallimard, collection "L'un et l'autre"

154 pages, 15 euros, ISBN : 2-07-076857-0

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