Il y avait, sur un rayon,
Rassemblée par un bibliothécaire d'antan
Une collection de maîtres licencieux
Rien qu'à voir leurs reliures
Rien qu'à dire le mot
Rien qu'à toucher la peau
Entre ses seins
Déjà tendus
Rien qu'à les feuilleter
Pour l'ombre unique et surprenante
Le mélange de lait et d'eau
Se soulevait doucement
Elle posait sa joue sur la mienne
Rien qu'à voir les gravures
Toujours les yeux baissés
Elle soulevait son pull
Leurs pages se mélangeaient
Dénouées et flottantes
Comme les cartes d'un jeu qu'on bat
À l'intérieur de sa peau dorée, sous la porcelaine
La fermentation des mots entre eux
Parfois entrouvrant elle-même le haut de la robe
Soulevait son corsage
Elle n'avait fermé qu'un bouton
La boucle de la ceinture
Je me suis dépouillée de ma robe
Laissais tomber mon léger pantalon d'été
Il tira la robe qui se déchira tout du long
Son corsage ouvert laissait entrevoir
Dans l'ombre qu'à son tour elle lui fait
Durci subitement
Sa poitrine avait jailli de sa robe arrachée
Moi aussi, j'ai envie, et depuis longtemps
La tête enfouie dans ses cheveux
En deux minutes elle fit sauter mes vêtements
Ils furent nus en même temps
S'offrit tout à coup à ma vue
Et son bras et sa jambe, et sa cuisse et ses reins
J'ai appelé par-devant moi mon âme
Et avec l'autre main
Dans la coulée des hanches
Et cette fois elle s'y laissa conduire
La chambre est fraîche
Une autre arrache encore des pages
Une autre encore
Une autre soulève la belle entre ses bras
Les serre autour des hanches
La plus belle gorge possible
Les globes les plus délicats
Sa tête qui venait reposer sur mon épaule
Enlacés sur le lit
La poser sur le lit mouvant
Ne craignez-vous pas que des filles plus jeunes
Dit-elle en m'embrassant encore
Un murmure doux
Le ciel est sur ses lèvres
Le mécanisme qui fait crier
À l'étourdie
A ses yeux plus grands et plus clairs
Le nuage brisé
Mais elle, sans répondre à ses questions
Le mouvement qu'elle fit
Comme elle ployait la nuque
De beaux cheveux, une peau éblouissante
J'avais déjà ouvert la bouche
Une main qui rencontrait toujours la mienne
Et aussi ces coussins, l'un et l'autre également foulés
Qu'il me donne un baiser de sa bouche
Elle le voyait entièrement nu
Je fis comme elle disait
Nous courrons à l'odeur de vos parfums
Les ondulations cadencées
Brune, fort vive, une belle taille
Cette langue si suave et si douce
Je ne demande que cela
Gémissez
Comme les yeux des colombes
Là où elle se fait souterraine
Puis ta bouche
Dans la main chaude et douce
Au lit, les draps à terre
Fixée comme un papillon par une épingle
Touche avec sa langue les dents
L'obscurité était trop grande pour laisser distinguer aucun objet
En se frottant
Le corps mince, qui avait glissé
Laissant un peu de chair libre
Et qu'elle-même put oublier sa nudité
Taillée dans un bloc de Carrare
Ces reins agiles
Elle tenait d'une main le flambeau
Le coloris corail de ces lèvres
Comme la pourpre du roi
Très excité rabattit le drap blanc
Les deux cuisses nerveuses et longues
Elle ouvrit ses cuisses en ramenant les pieds sous elle
Touché le réduit humide
Les genoux pliés, elle ouvrit ses jambes comme un livre
Car si parfois tu me laisses comme une morsure
Humide et palpitante
Fondre et brûler
Pour le minuit identique
Je tombai
Quelque chose flambait
Je me jetai aux pieds
Je pénètre hardiment
Il me faisait l'aumône
En sentant dans le fond de mon ventre
Acheva l'oeuvre commencée
Je la prends
La poignarde au fond
D'un voile clair
Cambra les reins et, dans un soubresaut, l'emplit
En ce moment les cerisiers
Elle se lève quand il approche
Baise la nudité d'une esclave aux grands yeux
Touche brutalement de ses mains
Les mains crispées sur les épaules
D'un mouvement que nous voulons inexorable
Les caresses cherchant les caresses
S'en va barbouiller nos lèvres
Les reins et les hanches qui accompagnaient les reins et les hanches
Soutenue d'un mouvement onduleux
De ses mains
Des milliers de fois souriante
Il jouit ainsi des derniers spasmes
Le plus redoutable de nos mystères
Qui peut en jouir mieux que nous
D'un sang trop fouetté
Avec les plus violentes secousses
Non la chair ne ment pas
Lui tenait toujours les reins embrassés
Elle se réveille pendant que je l'embrasse sur la poitrine
Je cache mon visage dans mon bras replié
© Thierry Laget 2002 et quelques autres
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